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         Sur cette île, étoffée de Dieux et démons que la mer veille, il fut le Très-Haut vers lequel toutes nos prières fusèrent, ne le quittant jamais des yeux même lorsqu'il fut géographiquement non visible.
(Point de situation du Mont Agung)
(Ambassade de France)
La luxuriance de la végétation environnante des volcans reflète la vie et la renaissance. Ils ont bien en cela du malin Divin. Des monts, rétifs, imposant leur puissance par l'essor et la prospérité lors de leurs bons jours ou le cataclysme, les jours sang. Sans pour autant focaliser sur leurs aspects catastrophiques, il ne s'agissait pas non plus de faire l'autruche. L'Indonésie, aussi passionnante soit-elle, est située sur la ceinture de feu, elle est imprévisible. Les dangers y sont nombreux, variés et réels. Se sentir, entre parenthèses, aventuriers découvrant des terres lointaines sans autre contrainte que le temps imparti à la ponctuation de cet espace pouvait nous faire dériver en présomptueux défiants abreuvés de faux-semblants. Cette échappée devait être inouïbliable afin que, sur l'avenue des longs soirs, elle nous soit réofferte dans la lecture entre les lignes de son souvenir. L'ignorance étant mère des erreurs, avant de partir, enrichir notre éventail de connaissances s'imposa comme prérequis . Il s'agissait de tracer une ligne de route flexible qui s'adapterait aux événements de toute nature. L'effet mère étant infini...ment protecteur, si l'Indonésie avait réveillé le Babouche et la Dora qui sommeillaient en nous, la prudence resta mère de sureté. Dans l'éclatante beauté de ce fragment d'été qui s'ajoutait à notre année, déferla une cascade de projets en devenir qui découla de notre soif de découverte. La curiosité conduisait à la recherche de réponses qui abreuvaient de nouvelles questions... Une source intarissable avait jailli, accroissant désirs et espoirs, elle désaltéra les rêves. Java, la Sulawesi, Karimunjawa, Flores, Lombok prirent à leur tour possession démon imaginaire. Une folle envie d'aile m'emplissait et comblait tous les vides qu'avaient généré l'absence face à l'impossible réalisation d'autres désirs. Ces terres semblaient vouloir offrir tous les possibles, au sens de ne laisser aucun blanc. La vie à temps complet. Celle qui ne laisse aucun espace au néant. Sel aux innombrables saveurs. Une déferlante inépuisable de délices qui comblaient tous les sens sans l'amertume de l'écume.
 
 

                  Un mystère muet se rependait dans l'hôtel. Il visitait les longs couloirs tamisés qui s'enroulaient sur 3 ou 4 étages. Du rêve à la réalité, la frontière était troublée par le décalage horaire, maintenant, l'hier, les demain, dans un parfait déséquilibre entre deux vols. Au plus haut de l'hôtel, le ciel coulait ses perles scintillantes sur la chaleur ambiante. Un lounge, dans un carré de verre, veloutait des lueurs diffuses. Stan   Getz s'est déposé, sans trompette ni tambour, sur le silence. Les lumières d'un avion ont traversé le firmament. J'ai cédé à l'instant dans cette nuit de laine.
Au rez-de-chaussée un restaurant à la déco sphérique proposait, à la carte, un tour de carrousel sur les aiguilles du temps. Un espace clos suggérait la détente dans une vaste nuance de bleu. Deux bassins s'opposaient, l'un frénétique et torride, l'autre lymphatique et polaire, une cabine de sauna, un hammam, une armoire réfrigérée contenait des serviettes imbibées de fraicheur, un snack proposait l'exotisme de ses fruits, pour deux zéros le kilo. Une thermothérapie dans un spa nordique en Indonésie. Fabuleuse expérience thermique qui, en alternant le chaud et le froid, stimule la circulation sanguine r. ;). Un voyage en soie qui redonne douceur à la peau et douce heure à l'âme.
Pour la prescription, étape 1, s'armer d'une serviette fraiche avant l'étape 2, se frayer un passage à travers l'humidité des vapeurs d'eau parfumées d'huile sur un feu de pierres à 50°C dans le hammam afin de dilater les pores, d'emmagasiner de la chaleur, d'évacuer les toxines. Etape 3, quelques minutes dans le sauna sec, humidité très basse. Direction la douche, située au centre de l'espace de cette 4ème dimension, 5, s'immoler dans le bassin aux remous fumants, les muscles se détendent, le stress s'évapore par chaque pore. La 6 peut s'avérer difficile mais, en persévérant, sèche toutes les peines. Elle referme les pores et accélère le rythme cardiaque au passage dans le bassin jouxtant, qui avoisine les 5°Chocs thermiques. Répéter, après moi ;) la 5 et la 6 plusieurs fois, le cœur retrouve son rythme normal, état de détente profond! Une dizaine de longueurs indolentes dans la piscine, très longue, permettent d'évaluer l'ampleur de sa propre flottaison et de faire l'oraison funèbre de toutes ses tensions.
 
 
WISMA TOWER
 
 

         Ils étaient là, les quelques gens. Entre les vapeurs, une brève complicité de regard parlait du soulagement qui pénétrait les corps jusqu'aux cœurs, sans le nommer, bien-être.
"Oh mon Dieu!", a dit mon fils.
Le jour s'était levé en tièdes heures sur ces terres, douces élèves des monts Dieux. Le temps précédant l'envol pour Bali pataugea dans l'espace des rives de la turbulente Capitale de l'Indonésie. Jakarta est, après Tokyo, la deuxième métropole la plus peuplée et polluée au monde. Incendies, inondations, manifestations, affrontements violents entre forces de l'ordre et manifestants, écroulement de balcon, corps d'un bébé retrouvé dans les toilettes d'un avion, prêtre blessé au couteau dans une église, enfants exploités et drogués, explosion et coups de feu, serpent dans un train reliant Jakarta à Bogor, le reflet de notre étrange aire, la terre? Aventuriers en pantouffles, visitant avec émerveillement les Ho!...tels des musées en recherchant la paix, aurait-il fallu ne pas s'incliner sur son actualité? Entachée d'attentats et de séismes, elle avait rebâti sa cité sur une stèles dans nos regards, lui sculptant le visage d'une carnassière. Pas question de se louper sur la dernière marche en se jetant tout crus dans la gueule de cette louve qui cherche l'agneau dans son reflet en mettant à prix la tête de ses rats, en rasant ses quartiers chauds au bulldozer, en condamnant à mort ses trafiquants. Louables ou pas, ses efforts de séduction ne suffirent pas à notre rencontre. Il ne fut pas au programme, ni de diner avec elle, ni de faire ensemble quelques pas dans ses ruelles animées. C'est dans un nid d'ouate que nous resterions au bord d'elle. Arriver jusque là était une faveur, face au tapage médiatique qui donnait périodiquement la fièvre au climat événementiel Indonésien et qui avait dissuadé de nombreux voyageurs de respirer son atmosphère. Cette garce grâce ne devait pas enfler les appétits, il était sage de surveiller sa ligne sans déroute afin d'éviter l'indigestion. Le menu, déjà bien assez riche, nous avait en préambule offert le gout savoureux de son entrée. Nous la quitterions en l'aimant avant de la hair, avant qu'elle ne déçoit. Cela, sans l'avoir déshabillée, même si elle tirait vers elle les cheveux de notre curiosité, cette vile femme. Nous repartirions sans nous rendre en Transjakarta jusque dans les ruelles tortueuses de sa China Town qui, bordées de toits tuilés de rouges s'inclinent sur ses amants. Les bicyclettes multicolores de Fatahillah Square et les parapluies suspendus de Pasar Seni disparaîtraient sur les imphotos des insouvenirs . Ces lieux saints crieraient sur une longue liste d'envies, sur une voie de soie douce, pour que l'on oublie pas la route du retour, le lien entre elle et nous. Nous allions délaisser Jakarta sans rencontrer la gardienne de son histoire et refermer un roman d'amour inachevé...
 
  jakarta

        
 
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