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         Il parlait avec douceur. J'ai pu le comprendre par l'extraction de quelques notes clés dont les voyelles chantantes dansèrent sur la brève partition de ma réponse. Bag, shuttle bus, hour, plane, airport... Le bagagiste, de cet hôtel parfaitement conçu pour les transits, nous aida à charger nos bags dans un shuttle mis , gracieusement, à la disposition des clients pour rejoindre l'airport. Il avait suffi, la veille, d'informer la réception de l'heure et de la destination de notre vol.
La périphérie de la ville nous absorba par des chaussées de traverse.. Quelques lignes supplémentaires à parcourir pour rejoindre l'aéroport. Un voyage dans le temps. 4000 ans semblaient séparer le monde que l'on avait quitté de celui que l'on traversait. Les alentours précaires, le manque d'hygiène, l'état des routes, les tas d'ordures contrastaient avec l'émergence des sourires et la beauté des enfants qui sont nourris par mille effleures de dieux pour lesquels on célèbre des fêtes adorantes, au bord de ces mers pour lesquelles on célèbre défaite abîmante.
 
 

         Attente. Enfer, mais, dans les haut-parleurs de la salle d'embarquement, une hôtesse d'Air Asia avait interrompu les heures sans en préciser la déraison. Elle avait surgi d'entre les fentes des amplificateurs tel un puzzle de mauvaises nouvelles qui s'étaient matérialisées en s'unissant sous les traits d'une sublime femme toute vêtue du rouge passionnel qu'imposait sa compagnie très aérienne. La red carpette suspendait son vol. Quelle folie! Les pas, cent, se croisaient dans la salle au rythme des tics de l'horloge comme des tocs aguerris. Mille questions fusaient en tous sens et s'entrechoquaient dans ma tête, dans laquelle séjournaient, après y avoir pénétré par la gate de mes oreilles, un Anglais incompris qui se heurtait sans répit à un Indonésien peu bavard, sans que ni l'un ni l'autre ne trouvent l'issue de secours, par ma bouche. Les touristes avaient déserté la destination volcanique de l'île des Dieux. Les Occidentaux affichaient des airs interrogatifs, rares que nous étions, cela renseignait sur la température de la saison pèlerine à Bali. La salle était principalement occupée par des Indonésiens, de Java et d'ailleurs. Familiarisés avec les caprices de la terre, ils semblaient ne pas les appréhender, ou bien c'était, à leur façon.
Je crois qu'ils sont entre les mains du destin.

         Bali... Est-il permis de s'interroger sur le pourquoi s'incliner encore vers Toi, quand les signes s'envolent vers l'ailleurs? C'est que tu as se pouvoir de gommer les maux que le temps grave en soi. Tu as ce don de sculpter les cœurs les plus durs, afin de leur redonner forme humaine lorsque l'abîme de la vie a œuvré. Tu es de celle que l'on adore avec la soudaineté d'un éclair fulgurant, comme l'on aime lorsque l'on a plu le temps de l'oubli, tu es celle que l'on aime d'un rouge vif que rien ne peut délaver.
Aller chercher des raisons, c'est cela la vraie folie.
 
 

         La longue attente se meublait d'incertitudes. Un resort du Borobudur jouait à Zébulon dans mes pensées. Je me suis renseignée sur la disponibilité d'Itok. Chauffeur à Java, il fut question de notre rencontre à l'aéroport de Yogyakarta afin qu'il nous conduise à notre hotel ,choisi pour sa piscine en rofftop. Résidant à Jepara, il nous avait apporté ses lumières sur les commodités reliant les îles Karimunjawa . Notre ligne allait-elle courber vers Solo, dévier vers le village Rainbow à proximité de Semarang et se prolonger en compagnie d'Itok jusqu'à Ketapang d'où Bali ne serait qu'à un bras de mer? Bien sûr, qu'elle était belle la grive. Mais les champs de tentations du merle faisaient pousser leurs chansonnettes à quelques battements d'ailes. Bali est si B'ail...
Peut-être qu'après quelques jours dans la région de Banyuwangi, où se trouve un aéroport méconnu, nous pourrions nous envoler vers Denpasar, ou traverser en ferry le détroit pour rejoindre le port de Gilimanuk sur la côte Ouest de Bali. Et, comme rêvé, séjourner au Naya Gawana pour aller faire du snorkeling dans les abysses de l'île Pulau Mejangan.
 
 
 
 

         Bien que la grive chantât divinement, les zones rurales de Java étant impaludées, l'écoute de ces refrains sifflotés en fond sonore se défit avec appréhension. Notre trousse de secours ne contenait pas de remède antipaludéen. Vase de lacune de connaissances sur le sujet, j'avais un brin potassé sur les possibles effets secondaires à lourde réputation avant d'envisager que nos sangs, si semblables, ne s'épanchent vers d'hostiles diptères rugissants.
Toutes ces préoccupations d'ordre d'adaptation, n'avaient pas laissé l'an creux. Coulé, le temps avait ;), depuis notre première rencontre avec B'Ail. J'avais comblé notre séparation de préparatifs afin que nos retrouvailles soient inouïes...bliables, ou, à défaut, le merle en grève, sondé la grive et les rives bleues et fumantes du mont Ijen Kawah.

         Bali... As-tu senti le souffle de mon désir à quelques pas de toi pendant que les heures ruisselaient sur les pages inscrites dans la chaleur de l'Indonésie? Il fallait accepter de t'aimer sans te posséder puisqu'il était impossible de t'oublier. Le temps m'avait enseigné à te rêver sans te voir, ou si peu. Une fois l'an, peut-être deux, nos âmes s'uniraient, par un vent caressant, brièvement, et peut-être qu'il serait possible, en fin d'histoire de nous voir plus souvent, lorsque dans les cœurs de nos fils d'autres amours que nous aurons élu leur domicile. Nous étions trop différentes pour nous unir, nous croiser, elle était là, l'inaltérable beauté. J'avais compris qu'il ne fallait surtout pas t'emprisonner dans les murs sombres de ma déraison et jouir sans fin de l'éclat de ta liberté et de ces moments que nous pouvions ainsi partager à chaque fois que le permettrait le temps. Ces instants passés creusaient les songes au pluriel et au présent. Je ne me sentais à aucun moment sans toi et ne ressentais pas le besoin de briller pour te plaire. Tu m'accueillais en rose refleurissant dans la bonne saison.
C'était cela la vérité, tu m'hantais, la passion, avec raison et une telle justesse, de minutie et de parcimonie, qu'elle ne pouvait s'user.
 
 

         La diseuse de mauvaises nouvelles venait de se muer en offrande de bonne aventure, mutation lui saillant à merveille qui lui avait prit 4 heures. Nous étions sur le point d'embarquer pour atterrir dans les bénéfices, un temps, du confort des resorts Balinais et des richesses de sa terre. Sans la posséder, nous allions nous prélasser sans nous en lasser. Bali allait faire danser dans nos regard ses paillettes 7 jours sur sept et y graver des instants avec un haut potentiel de rêverie, d'ores et déjà incrustés d'or.
 
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